Vers une nouvelle ère

Dans cette newsletter : l'échec du coton Bt en Inde et du dicamba aux Etats-Unis, le passage en force du glyphosate en Europe, des nouvelles des témoins, la nouvelle ONG Justice Pesticides et le documentaire Making of sur le Tribunal Monsanto.

Cher soutien du Tribunal Monsanto,

2017 a été marquée par une opposition croissante à Monsanto et aux entreprises agrochimiques qui tentent de contrôler le système alimentaire. La livraison de l’avis consultatif du Tribunal Monsanto a constitué un événement marquant ; pour la première fois de l’histoire, des victimes venues du monde entier se sont rassemblées et ont convaincu un panel de juges internationaux que l’entreprise ne respecte pas les droits humains fondamentaux.

Nous n’avons pas réussi à stopper la réautorisation du glyphosate dans l’UE, mais au lieu d’un feu vert pour 15 ans, l’autorisation n’est reconduite « que » pour 5 ans, et la France et l’Italie travaillent déjà à sortir du glyphosate d’ici 3 ans. 1,3 million de personnes ont signé l’Initiative Citoyenne Européenne Stop Glyphosate. Les pratiques de Monsanto ont été détaillées dans les médias de nombreux pays après la publication des Monsanto Papers, des documents internes rendus publics dans le cadre d’un procès en contentieux aux États-Unis : ces derniers prouvent que Monsanto manipule la science, les médias et le processus politique à sa guise. Plus de documents devraient suivre au printemps prochain.

En parallèle, Monsanto rencontre des difficultés autour de ses principales sources de revenus. En effet, leurs nouvelles variétés de semences OGM résistantes au dicamba se révèlent désastreuses : près d’un millier d’agriculteurs et agricultrices poursuivent l’entreprise pour les dommages causés (voir ci-dessous). De plus, la nouvelle génération de semences Bt supposée combattre les insectes ne donne pas les résultats attendus. La nature ne se laisse pas faire : mauvaises herbes et insectes résistent !

Monsanto tente de masquer ses échecs en renforçant sa présence dans d’autres domaines comme le big data. L’entreprise va probablement fusionner avec Bayer, créant ainsi un géant au pouvoir démesuré. Les actions de Monsanto sont pourtant surestimées, car les deux technologies desquelles dépend le modèle de revenus des OGM sont en échec. Bayer achète un véritable cheval de Troie. En parallèle, de plus en plus de personnes réalisent que nous devons changer notre modèle de production alimentaire pour mettre fin à l’écocide en cours — une récente étude montre que la population d’insectes a diminué de 75 % en Europe au cours des 27 dernières années. L’annonce de ces chiffres a créé une onde de choc : nous ne pouvons vivre sur cette planète si nous éradiquons toute vie autour de nous ! L’ère de l’agriculture chimique — hautement dépendante des énergies fossiles et érodant les sols et les ressources naturelles — doit se terminer et laisser place à l’agroécologie. Nous devons travailler avec la nature plutôt que contre elle. Si vous le pouvez, impliquez-vous dans cette transition : ce sont les générations futures vous remercieront.


Union Européenne : la bataille du glyphosate

L’autorisation de vente de cette molécule présente dans l’herbicide le plus vendu au monde expirait en décembre 2017. La Commission proposait de la renouveler pour 15 ans, ce qui a causé un tsunami de protestations. Cette proposition se fondait sur les rapports largement biaisés de l’Agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) et de l’Institut fédéral allemand BfR, dont certaines parties étaient tout simplement copiées-collées de documents d’un lobby de Monsanto, le Glyphosate Task Force. Cela a montré comment les lobbyistes ont réussi à créer un environnement politique extrêmement favorable à l’industrie. Les critères d’évaluation des études scientifiques éliminent de fait toute étude indépendante. L’EFSA a ainsi rejeté 106 études « non conformes », basant ses recommandations sur des études non publiées, et donc non vérifiables de l’industrie. Cela revient à laisser Monsanto prouver que son produit est inoffensif tout en rejetant les études aux conclusions différentes, car « non scientifiques ». Dans ces conditions, que dire de la régulation en matière de sécurité des aliments en Europe (sans parler des États-Unis) ? Ce processus a suscité bien des réactions, tout en entachant sérieusement la crédibilité des institutions européennes. Le système d’autorisation des pesticides doit changer, mais il est malheureusement trop tard pour le glyphosate.

Le Parlement a voté pour la disparition progressive du glyphosate d’ici 3 ans, avec des mesures d’accompagnement pour aider les agriculteurs et agricultrices à changer de pratiques, mais la décision revient à la Commission et aux États-membres. La France et l’Italie se sont opposées à une réautorisation pour 10 ans, sans toutefois obtenir une majorité qualifiée. Personne ne s’attendait à la voir émerger lors du dernier vote pour une préautorisation de 5 ans, ce qui aurait donné le dernier mot à la Commission avec un probable feu vert pour 5 ans. Cela n’a pas été nécessaire en raison d’un revirement-surprise du ministre de l’Agriculture allemand Christian Schmidt, contre la volonté même de sa collègue à l’Environnement, Barbara Hendricks. Bayer-Monsanto a le bras long, et un accès privilégié au gouvernement allemand... Pour l’eurodéputée Michèle Rivasi, c’est « un échec retentissant ». Elle accuse « une Commission européenne qui se fait le petit télégraphiste des désirs des lobbies de l’industrie agrochimique, sans s’interroger sur l’avenir et un plan sérieux de sortie du glyphosate. »

Malgré la contestation du vote allemand, beaucoup affirment qu’on ne peut plus rien changer. L’expert juridique Olivier de Schutter entrevoit toutefois une possibilité ; 4 eurodéputés ont annoncé lors d’une conférence de presse le 12 décembre le début d’une procédure pour faire annuler le vote. Quelle qu’en soit l’issue, le glyphosate devra disparaître de plusieurs pays d’ici 3 à 5 ans. Cela est bien tard, mais toujours mieux que le maintien du statu quo. Lisez ici l’analyse juridique d’Olivier de Schutter.

 

Dicamba : un « nouvel » herbicide ingérable

Le succès commercial, et donc les profits de Monsanto reposent sur la vente de packages de semences et d’herbicide. C’est ainsi que les semences Roundup Ready sont cultivées sur des millions d’hectares dans le monde : soja, coton, maïs, colza... Cependant, la résistance des mauvaises herbes vient ternir le tableau. Pour résoudre ce problème, Monsanto devait produire un herbicide de nouvelle génération ; la compagnie a échoué et décidé de réutiliser le dicamba, un ancien produit datant des années 1960 et probablement plus toxique que le glyphosate. Aujourd’hui, des millions ont été investis pour commercialiser de nouvelles variétés de plantes génétiquement manipulées pour résister au dicamba. Cependant, en plus d’être toxique envers les plantes, les sols et l’être humain, cet herbicide est hautement volatile. Le vent le propage donc tout autour des champs traités, empoisonnant tout sur son passage. Les pertes sont énormes dans les cultures conventionnelles, non résistantes au dicamba. Par conséquent, des poursuites ont été entamées contre les fabricants Monsanto et BASF dans plus de 10 États américains. En effet, en 2016, ce sont plus de 80 000 ha de récoltes qui ont été endommagés par le dicamba en Alabama, Arkansas, Illinois, Kentucky, Minnesota, Mississippi, Missouri, Caroline du Nord, Tennessee et Texas.

Cette affaire risque de s’avérer très coûteuse pour Monsanto, et représente un revers majeur pour le modèle d’agriculture chimique sur lequel l’entreprise s’appuie.

 

L’échec de la technologie Bt

Les plantes ne sont pas les seules à résister aux produits de Monsanto... Le ver rose du cotonnier est bien connu en Inde, où il cause des ravages sur les plants de coton. C’est au nom de la lutte contre cet insecte que l’on a introduit le gène d’une bactérie dans le coton. Le coton « Bt » ainsi obtenu produit une toxine supposée détruire le ver. Lorsque les semences de coton OGM Bt furent commercialisées il y a 15 ans, les fabricants affirmaient que cela réduirait l’utilisation de pesticides et augmenterait les récoltes. Selon eux, les insectes ne pourraient pas développer de résistance. La nature a bien prouvé le contraire et les vers roses du coton résistants à la toxine Bt ont pullulé. Aujourd’hui, l’utilisation d’insecticides et d’engrais a été multipliée par 5 sur ces mêmes semences, réduisant ainsi drastiquement les revenus des familles qui cultivent le coton. Des insecticides hautement toxiques sont appliqués dans l’espoir de combattre les ravageurs, et cela avec des conséquences parfois mortelles.

Dr K.R. Kranthi, ancien directeur du Central Institute of Cotton Research (CICR), a rapporté des cas de résistance du vers rose au coton Bt Bollgard-II (introduite en 2010) non seulement dans le Maharashtra, mais aussi dans d’autres États où le coton est cultivé. « En théorie, le coton Bt n’a que 2 avantages. Il contrôle le ver rose du coton et préserve ainsi la récolte, et il réduit l’utilisation des insecticides pour tuer ce ver. En pratique, les cultivateurs ne bénéficient ni de l’un ni de l’autre. »

Le leader paysan Pasha Patel déclare quant à lui : « C’est un cauchemar sans fin pour les cultivateurs de coton du Maharashtra ». Il s’agit bel et bien d'un échec de plus pour une technologie de manipulation génétique. Suivez ce dossier sur le site ou le fil twitter de GMWatch (en anglais).


Association Justice Pesticides

L’un des résultats du Tribunal Monsanto a été la création en juillet 2017 de l'association Justice Pesticides. Elle a pour objet de mettre à la disposition de toutes et tous, en particulier des victimes de pesticides, quels que soient leur nationalité et leur statut (voisins, agriculteurs, collectivités locales, scientifiques, etc.) l’ensemble des affaires juridiques concernant les pesticides dans le monde. Présidée par Corinne Lepage, l’association compte des membres du comité d’organisation du Tribunal Monsanto et des personnalités venues de tous les continents qui ont été à divers titres confrontés aux conséquences des pesticides sur la santé, les ressources naturelles, leurs activités. Justice Pesticides a comme objectif la création d’un grand réseau physique et virtuel collaboratif pour mutualiser toutes les actions dans le monde qui mettent en cause les pesticides afin d’établir une base juridique et scientifique internationale qui permettra de renforcer les actions en justice. Le but final est d'interdire les pesticides qui mettent en péril la santé humaine et l'environnement.

Vous pouvez aider Justice Pesticides en entrant sur le formulaire conçu à cet effet les détails des affaires juridiques dont vous avez connaissance afin de compléter la base de données.

 

Des nouvelles des témoins

- La famille Grataloup

Sabine Grataloup était la première personne à témoigner durant les audiences du Tribunal Monsanto en octobre 2016. Elle avait décrit aux juges les malformations congénitales dont souffre son fils Théo, suite à l'exposition à un herbicide à base de glyphosate en début de grossesse. La rencontre avec d'autres témoins vivant des situations similaires a motivé les parents de Théo pour passer à l'étape suivante. Avec Me Bourdon, avocat du Tribunal sur la question de la liberté indispensable à la recherche scientifique, Sabine et Thomas Grataloup ont annoncé leur intention de se porter en justice et de poursuivre plusieurs fabricants d'herbicides à base de glyphosate, dont Monsanto. Leur but : que la justice reconnaisse le lien de causalité entre ces produits et les troubles de Théo. Ensemble, ils explorent maintenant les voies légales possibles et se préparent à un combat difficile, mais nécessaire. Cliquez ici pour en savoir plus.

- Paul François
Cet agriculteur charentais intoxiqué en 2014 au Lasso — un herbicide aujourd'hui interdit en France — s'est engagé dans une longue bataille judiciaire contre Monsanto. Il avait témoigné devant les juges du Tribunal monsanto des pressions violentes et incessantes subies de la part de l'entreprise. Récemment, Paul François a raconté son histoire dans le livre Un Paysan contre Monsanto. Contraint une fois de plus de retourner devant la justice pour tenter de se faire indemniser par Monsanto, il a également lancé un appel à la solidarité pour pouvoir continuer le combat. Ensemble, faisons gagner Paul François ! Retrouvez les liens vers le livre et la cagnotte de Paul François sur Générations Futures et lisez son histoire ici.

 

Appel aux dons pour un « making-of » du Tribunal Monsanto


La documentariste et écrivaine Marie-Monique Robin était la marraine du Tribunal Monsanto. Elle a réalisé un documentaire, intitulé Le Roundup face à ses juges qui dresse le bilan sanitaire et environnemental du glyphosate à travers les témoignages des victimes et experts qui ont été auditionnés à La Haye et qu’elle a également filmés dans leur pays. Accompagné d’un livre éponyme, le film a été diffusé sur la chaîne franco-allemande ARTE ainsi que sur la RTBF (Belgique), la RTS et RSI (Suisse), la NRK (Norvège), et bientôt au Canada, en Pologne et au Portugal. Il est disponible en DVD (français, allemand) sur le site d’ARTE Boutique. Pour le DVD en anglais, écrire à contact@m2rfilms.com.

Par ailleurs, Marie-Monique Robin a réalisé un second documentaire, baptisé Le Tribunal International Monsanto qui raconte la genèse de cette initiative exceptionnelle depuis la conférence de presse, qui s’est tenue à Paris le 3 décembre 2015 au moment de la COP 21, jusqu’à la communication de l’opinion juridique des juges, le 18 avril 2017 : actions de mobilisation de la société civile internationale, débats sur les questions juridiques (statut, mode de fonctionnement et but du Tribunal, crime d’écocide, etc.), montage financier du projet, recherche et localisation des victimes et experts, rencontre avec les cinq juges internationaux, audiences, etc. Destiné à être diffusé gratuitement sur internet, ce documentaire « making-of » servira d’outil de sensibilisation et d’information pour un large public, et tout particulièrement pour les juristes, militants des droits humains et environnementaux, les établissements scolaires et universitaires.

Pour finaliser ce film et réaliser une version en cinq langues (français, anglais, espagnol, allemand et portugais), la Fondation du Tribunal International Monsanto a besoin de 20 000 euros. Vous pouvez faire un don ici. Merci pour votre soutien !

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